Un patrimoine exceptionnel en danger

L’archipel de l’île du large est la seule île entre le nord du Cotentin et Dunkerque. Sa position géographique stratégique lui a conféré au travers de l’histoire un rôle clé dans la région, et a abouti à la construction d’un fort par Napoléon 1er, puis dans une seconde étape sous Napoléon III à une extension des fortifications et le creusement de douves.

Carte de situation des îles saint marcouf

Le fort circulaire de 54 m de diamètre est unique en France.

La désaffection du site à la fin du XIXe siècle par les autorités militaires a laissé les îles en état mais avec un entretien qui s’est réduit progressivement.

L’île a subi des destructions lors de la deuxième guerre mondiale au moment du débarquement, avec la disparition d’un des deux corps de garde et d’une tour du fort. L’administration a démoli la seconde tour peu après plutôt que de la restaurer faute de crédits.

A partir des années 50, il n’y a plus d’entretien sur les digues et petit à petit, les joints s’effritent et les pierres se détachent. Des blocs entiers de près de 200 kg sont petit à petit jetés à la mer au fil des tempêtes. La digue du port disparaît petit à petit, deux brèches se forment à partir de la fin des années 70 sur la digue sud.

La dégradation de l'ile du large depuis 1966

Les fortifications de l’île du large disparaissent petit à petit, chaque dégât en entraîne un autre, la disparition de la digue du port laisse le môle sans protection face aux tempêtes, et il disparaît à son tour en moins de 10 ans.

A ce rythme, il ne restera plus qu’un tas de pierres d’ici une vingtaine d’années. Cette situation n’est pas une fatalité, elle a fait naître l’association des amis de l’île du large Saint Marcouf autour de l’idée qu’il fallait tenter de pallier l’absence d’intervention de l’État pour sauver ce patrimoine exceptionnel de la Normandie…

État des lieux des ouvrages de protection de l’île

Dégats sur l'île

1 : L’escalier et le pont levis ont totalement disparu
2 : La digue du port a disparu
3 : Le mole est quasiment détruit
4 : Le deuxième batardeau est détruit
5 : La digue et la grève en pavés sont très endommagés
6 : 2 brèches sont apparues dans la digue
7 : Le batardeau est très endommagé
A l’intérieur de l’île, les deux tours du fort sont réduites à un tas de pierres,  plusieurs parties du fort menacent de s’écrouler, le corps de garde nord-est est complètement détruit, le passage sous traverse est très endommagé,  il ne reste plus que les murs des bâtiments sémaphoriques

En 2015, l’association des « Amis de l’île du Large Saint Marcouf » a sollicité la protection de l’île au titre du patrimoine historique auprès de la Direction Régionale des Affaires Culturelles de la Région de Basse-Normandie qui s’est rapidement emparée du dossier et , avec le soutien de la Fondation du Patrimoine, a obtenu un avis favorable, à l’unanimité, de la Commission Nationale du Patrimoine pour le classement « Monument Historique » de l’île dans sa totalité (voir l’arrêté de classement). L’île du Large Saint Marcouf est officiellement classée Monument Historique depuis le 25 janvier 2017.

Chronique d’une mort annoncée : l’agonie du port

Le port a été creusé à même la roche, il permet à marée haute d’accéder à l’ile via un môle de déchargement qui donne sur une porte du corps de garde, et un escalier relié à l’ile par un pont levis.

Voici une reconstitution de ce à quoi le port ressemblait dans les années 20, date d’apparition des premiers désordres sur la digue du port.

Le port est bordé par deux corps de garde, les douves sont fermées à leur extrémité par des batardeaux.

A marée haute, la digue protège les constructions.

En 1944, le corps de garde nord est (à gauche sur la photo) est détruit par des tirs d’artillerie allemands. Il ne reste plus qu’un énorme tas de gravats qui restera tel quel jusqu’en 2009, date des premières interventions de l’association. Il n’y a pas d’incidence sur le port, en dehors de la fragilisation du rempart.

Faute d’entretien, la digue du port disparaît par morceaux en quelques dizaines d’années et n’assure plus sa fonction de protection. Désormais, les vagues déferlent directement au fonds du port lors des tempêtes d’hiver.

Privés de la protection de la digue, l’escalier s’effondre et le batardeau ouest disparaît lui aussi sous l’effet des vagues qui ont rongé les joints, délité et fait tomber les pierres. A chaque marée basse, on peut observer l’amoncellement des pierres issues des constructions détruites. De la digue du port, on ne voit plus que les fondations, mais les éboulements ont également fait monter le niveau du fonds du port d’environ 2m. En réalité, il reste une partie de la digue enfouie sous ses propres débris.

A partir des années 80, malgré les efforts de bénévoles au début des années 70, il ne reste guère plus que le môle de débarquement  qui résiste encore, avec ses murs de près d’un mètre d’épaisseur, qui laissent penser qu’il est invulnérable.

Il résistera jusqu’au début des années 2000, là, en quelques années il s’écroule par blocs entiers. Dès 2009, des tentatives ont été menées pour renforcer les pans encore en place, cela a permis de maintenir une portion de mur, mais l’essentiel est détruit. Sur le rempart du port, une lézarde est apparue presque au milieu. Elle menace l’ensemble de la construction qui pourrait finir par s’écrouler, offrant l’intérieur de l’île aux vagues à chaque tempête… Un scénario catastrophe que nous souhaitons absolument éviter. Divers mesures sont à l’étude pour stabiliser et renforcer le dernier rempart qui protège le fort.

D’autre ont été lancées pour évaluer la faisabilité et le coût d’une reconstruction de la digue, à l’identique, ou bien sous la forme (provisoire) d’enrochements de protection. Les coûts, sont importants, mais pas hors de portée dans le cadre d’un projet pluriannuel.

Commentaires fermés.